Un patient vous demande si vous êtes sur Instagram, votre assistante propose d’ouvrir un compte TikTok, une marque offre des échantillons contre une story. Que peut faire un dentiste sur les réseaux sociaux au Maroc ? Le code de déontologie des médecins dentistes date de 1999 et ne cite aucune plateforme, mais ses articles sur la réclame, le secret professionnel et les procédés non éprouvés s’appliquent à chaque publication et à chaque message. Ce guide les traduit en règles concrètes : ce qu’une page de cabinet peut publier, ce qui bascule dans la publicité, comment répondre en ligne et quelles consignes donner à l’équipe.
En bref
- Un dentiste peut avoir une page Instagram, Facebook ou TikTok : le code ne l’interdit pas, mais chaque contenu doit informer ou éduquer, jamais promouvoir (article 11).
- Basculent dans la réclame, en lecture prudente : publication sponsorisée, prix et promotions, concours, témoignages, placement de produit et partenariat avec une marque (articles 11, 16 et 19).
- Le secret professionnel (article 4) couvre aussi les commentaires et les messages privés : aucun patient confirmé en public, aucun diagnostic en ligne.
- Le code s’impose au dentiste, pas à l’assistante ni à l’agence : une charte écrite et une validation avant publication sont indispensables.
- Un rythme tenable : une publication par semaine, préparée en lot, et dix minutes de modération par jour ouvré.
Réseaux sociaux du dentiste : ce que le code marocain implique
Le code de déontologie des médecins dentistes a été rendu applicable par le décret n° 2-96-989 du 5 janvier 1999 (texte français du code). L’ONMD le publie parmi ses textes de référence. Il s’impose à tout dentiste inscrit au tableau (article 1). Faute de mention d’internet, on raisonne article par article.
| Article du code | Ce que cela implique en ligne |
|---|---|
| 3 : rien qui déconsidère la profession, même en dehors de l’exercice | Vaut aussi pour le compte personnel du dentiste |
| 4 : secret professionnel, équipe comprise ; patient non identifiable | Aucun patient reconnaissable ; messages et commentaires sous secret |
| 11 : aucune réclame directe ou indirecte ; rien de spectaculaire sans but exclusivement scientifique ou éducatif | Éducation : oui. Sponsoring, promotions, soins mis en scène : non |
| 16 : aucun avantage matériel au patient, aucune commission | Pas de concours, pas de soin offert contre un partage |
| 19 : pas de réclame personnelle ou pour une firme | Pas de marque mise en avant |
| 20 : pas de procédé non démontré présenté au grand public | Pas de « technique miracle » ni de tendance non éprouvée |
| 50 et 51 : ni médisance envers un confrère, ni détournement de clientèle | Pas de « cas raté ailleurs » |
Un repère, pas votre texte. Le code de déontologie des médecins (décret n° 2-21-225 de 2021), qui ne s’applique pas aux dentistes, impose au médecin, selon le texte publié, d’informer son conseil régional quand il crée un espace professionnel sur les réseaux sociaux (article 26). Rien n’empêche un dentiste de faire la même démarche auprès de l’ONMD.
Le détail de chaque article figure dans notre analyse de la publicité du dentiste au regard du code de déontologie.
Instagram, Facebook, TikTok : quel usage pour un cabinet
Une page bien tenue vaut mieux que trois comptes aux horaires périmés.
| Plateforme | Usage utile pour un cabinet | Vigilance particulière |
|---|---|---|
| Informations pratiques pour les familles : horaires, fermetures, Ramadan, accès | Commentaires publics nombreux : modération quotidienne | |
| Prévention en carrousels, coulisses du cabinet (stérilisation, équipement, équipe qui a donné son accord) | Photos de sourires : un patient se reconnaît vite | |
| TikTok | Vidéos courtes face caméra : idées reçues, gestes d’hygiène | Tendances et sons qui glissent vers le spectaculaire |
Page du cabinet ou compte personnel
La page professionnelle appartient au cabinet (son adresse e-mail, le titulaire comme administrateur, une double authentification) ; le compte personnel reste soumis à l’article 3.
Un dentiste peut être connu en ligne, mais le code lui interdit la réclame personnelle (article 19) et toute activité incompatible avec la dignité professionnelle (article 3). Un partenariat rémunéré avec une marque, même hors dentaire, mérite un avis écrit de l’Ordre.
La biographie : partir de l’article 12
L’article 12 fixe ce qu’un annuaire peut mentionner. C’est le modèle le plus sûr :
Dr [Prénom Nom] · Médecin dentiste
[Adresse, ville] · [Téléphone]
Consultations : [jours et horaires]
[Titre reconnu par le conseil national de l’Ordre, le cas échéant]
À exclure : « le meilleur », « sans douleur garanti », « implants à partir de… », un titre non reconnu (article 15).
Ce qui bascule dans la publicité
L’information répond à une question que le patient se pose déjà. La publicité crée la demande ou fait préférer le cabinet par un argument : prix, cadeau, promesse, comparaison. Payer la diffusion risque fort d’être lu comme un procédé de réclame (article 11), même pour un contenu éducatif.
| Publication | Lecture prudente | Articles |
|---|---|---|
| Publication « boostée » vers le quartier | Réclame par diffusion payée | 11 |
| Prix, « offre du mois », réduction de Ramadan | Réclame, honoraires baissés pour concurrencer | 11, 35 |
| « Abonnez-vous et gagnez un blanchiment » | Avantage matériel et réclame | 11, 16 |
| Avis enthousiaste d’un patient republié | Réclame personnelle, secret | 4, 19 |
| Extraction filmée sur une musique tendance | Manifestation spectaculaire | 3, 11 |
| « La technique qui remplace la couronne » | Procédé non démontré présenté au public | 20 |
| « Mieux soigné que dans les cabinets du centre » | Atteinte aux confrères | 19, 50 |
Pour les photos de cas (consentement, anonymat, retouches), voir notre article sur les photos avant/après du dentiste.
La check-list avant chaque publication
- Répond-elle à une question de patient, ou cherche-t-elle à vendre ?
- Contient-elle un prix, une offre, un cadeau ou une comparaison ?
- Un patient peut-il être reconnu : visage, voix, prénom, bijou, tatouage, date, lieu ?
- Une marque est-elle citée ou visible ?
- La diffusion est-elle payée ?
- Seriez-vous à l’aise de la montrer à votre conseil régional ?
Une seule réponse gênante : on ne publie pas.
Placements de produits et partenariats avec des marques
L’article 19 interdit « toute réclame personnelle ou intéressant un tiers ou une firme quelconque », payée ou non. S’y ajoutent l’article 16, qui interdit toute commission, et l’article 21, qui interdit d’exercer un autre métier susceptible d’accroître ses revenus par ses prescriptions ou ses conseils.
| Situation | Lecture prudente |
|---|---|
| Échantillons offerts contre une story | Réclame pour une firme (article 19) |
| Code promo ou lien d’affiliation rémunéré | Commission et revenus tirés de vos conseils (articles 16 et 21) |
| Nouvel équipement expliqué au patient, sans marque ni promesse | Information sur le cabinet |
| « Utilisez un dentifrice fluoré » dans une vidéo de prévention | Information éducative, sans marque visible |
Pour décliner une proposition :
« Merci pour votre proposition. Le code de déontologie des médecins dentistes interdit toute réclame en faveur d’une firme. Nous ne pouvons donc pas mettre votre marque en avant, même sans contrepartie. »
Commentaires et messages privés : le secret s’applique aussi
L’article 4 vaut aussi en ligne. La loi 09-08 compte l’image et le son parmi les données personnelles, et range les données de santé parmi les données sensibles (article 1). Une douleur décrite en message privé, ou la photo d’une bouche, est une donnée de santé.
- Ne confirmez jamais en public qu’une personne est patiente, même pour la remercier.
- Aucun avis sur un cas précis en ligne : basculez vers le privé, puis vers le téléphone.
- Pas de captures d’écran sur un téléphone personnel : reportez l’utile dans le dossier (voir notre guide sur la loi 09-08 au cabinet dentaire).
- Pas d’ajout à une liste de diffusion sans consentement préalable (article 10 de la loi 09-08).
- Pas d’invitation au cabinet pour l’internaute qui critique son dentiste (articles 50 et 51).
Réponses types à copier
Question médicale en commentaire :
« Merci pour votre question. Chaque situation est différente et un avis demande un examen. Appelez le cabinet au [numéro] : nous vous proposerons un rendez-vous. »
Commentaire mécontent :
« Bonjour, nous ne pouvons pas échanger publiquement sur une situation personnelle. Appelez le cabinet au [numéro] et demandez [prénom] : nous prendrons le temps de vous écouter. »
Photo de la bouche en message privé :
« Merci pour votre message. Une photo ne permet pas de poser un diagnostic. Si vous avez mal, appelez le cabinet au [numéro] pour un rendez-vous rapide. En cas de gonflement important ou de fièvre hors de nos horaires, rendez-vous aux urgences. »
Demande de prix, en privé uniquement :
« La consultation est à [montant] DH. Pour un traitement, le montant dépend de l’examen ; nous vous remettons un devis écrit avant de commencer. »
Une demande de rendez-vous reçue en privé se reporte le jour même. Dans smilesIA, elle va dans l’agenda, ou sur la liste d’attente si aucun créneau n’est libre, et le patient confirme sa venue par WhatsApp.
Qui publie au nom du cabinet : règles pour l’équipe
L’article 4 oblige le dentiste à instruire du secret les personnes qui l’assistent. En pratique, le titulaire reste responsable de ce qui est publié au nom de son cabinet, même quand une assistante ou une agence rédige.
- Un rédacteur, un validateur : l’assistante prépare, le titulaire valide avant mise en ligne.
- Des accès qui suivent les départs : retirés le jour où une personne quitte le cabinet. Dans smilesIA, les droits par rôle limitent aussi ce que chaque compte ouvre dans le logiciel, et le journal d’activité garde la trace des actions.
- Une agence encadrée par écrit : ni sponsoring, ni promotions, ni contenus de patients, et validation du titulaire.
Modèle de charte à faire signer
Charte de publication du cabinet [nom]
- Les comptes appartiennent au cabinet ; les identifiants restent aux personnes désignées.
- Toute publication est validée par le Dr [nom] avant mise en ligne.
- Aucun prix, aucune promotion, aucun concours, aucune publication sponsorisée, aucune marque visible.
- Aucun patient reconnaissable. Contenu clinique uniquement avec consentement écrit et accord du praticien.
- Aucun écran, dossier, radiographie ou agenda dans le champ d’une photo ou d’une vidéo, y compris sur nos comptes personnels.
- Commentaires et messages : réponses types uniquement ; jamais de confirmation qu’une personne est patiente.
- Aucun commentaire sur un confrère. En cas de doute, on ne publie pas : on demande.
Nom, date, signature.
Un rythme de publication réaliste
Exemple de budget-temps : 4 publications préparées en une séance mensuelle, à 30 minutes chacune, soit 2 h. Modération : 10 minutes par jour ouvré × 22 jours = 220 minutes, soit environ 3 h 40. Total : environ 5 h 40 par mois.
| Semaine | Thème | Exemple de sujet |
|---|---|---|
| 1 | Prévention | Le brossage chez l’enfant : dès quand, combien de temps |
| 2 | Le cabinet de l’intérieur | Le trajet d’un instrument en stérilisation, sans patient à l’image |
| 3 | Information pratique | Horaires du Ramadan, fermetures, accès et stationnement |
| 4 | Idée reçue | « Le détartrage abîme-t-il l’émail ? » |
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Erreurs fréquentes
- Confier la page à une agence qui applique les recettes du commerce : promotions, sponsoring, témoignages.
- Laisser publier sans validation, depuis un téléphone personnel.
- Remercier publiquement un patient pour son avis : la réponse confirme qu’il est soigné au cabinet.
- Oublier le son et les reflets : un prénom entendu ou un visage dans un miroir suffit à identifier.
Questions fréquentes
Un dentiste peut-il avoir un compte Instagram professionnel ?
Oui. Le code de déontologie des médecins dentistes de 1999 ne parle pas des réseaux sociaux et n’interdit donc pas une page de cabinet. Ce sont les contenus qui doivent le respecter : informer ou éduquer (article 11), sans réclame (article 19) ni patient reconnaissable (article 4).
Un dentiste peut-il faire des vidéos TikTok ?
Oui, si la vidéo a un but éducatif : un geste de prévention, une idée reçue corrigée. Évitez les soins mis en scène de façon spectaculaire (article 11), les procédés non éprouvés présentés au grand public (article 20) et tout patient reconnaissable.
Peut-on sponsoriser une publication d’un cabinet dentaire ?
La prudence est de s’en abstenir. Payer pour montrer une publication à des personnes qui ne suivent pas le cabinet ressemble à un procédé de réclame au sens de l’article 11, même quand le contenu est éducatif. Avant toute dépense de ce type, demandez un avis écrit à votre conseil régional de l’ONMD.
Un dentiste peut-il faire la promotion d’une marque de dentifrice ?
Non. L’article 19 du code interdit toute réclame « intéressant un tiers ou une firme quelconque », rémunérée ou non. Vous pouvez en revanche recommander un type de produit dans un contenu éducatif, par exemple un dentifrice fluoré, sans citer ni montrer de marque.
Peut-on répondre à une question médicale en commentaire ?
Oui pour une information générale, valable pour tout le monde. Non pour un avis sur un cas précis : un diagnostic suppose un examen. Ne confirmez jamais en public qu’une personne est patiente du cabinet (article 4) et invitez-la à appeler ou à écrire en privé.
Conclusion
Sur les réseaux sociaux, le dentiste garde les obligations du cabinet : informer sans vendre, se taire sur ses patients, respecter ses confrères. Une biographie sobre, la check-list, des réponses types et une charte signée suffisent. Pour un cas non tranché, un avis écrit de votre conseil régional vaut mieux qu’une publication retirée.
Information générale fondée sur le code de déontologie des médecins dentistes tel que publié en 1999 ; elle ne remplace pas l’avis de l’ONMD pour un cas précis.
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Questions fréquentes
Un dentiste peut-il avoir un compte Instagram professionnel ?
Oui. Le code de déontologie des médecins dentistes de 1999 ne parle pas des réseaux sociaux et n'interdit donc pas une page de cabinet. Ce sont les contenus qui doivent le respecter : informer ou éduquer (article 11), sans réclame (article 19) ni patient reconnaissable (article 4).
Un dentiste peut-il faire des vidéos TikTok ?
Oui, si la vidéo a un but éducatif : un geste de prévention, une idée reçue corrigée. Évitez les soins mis en scène de façon spectaculaire (article 11), les procédés non éprouvés présentés au grand public (article 20) et tout patient reconnaissable.
Peut-on sponsoriser une publication d'un cabinet dentaire ?
La prudence est de s'en abstenir. Payer pour montrer une publication à des personnes qui ne suivent pas le cabinet ressemble à un procédé de réclame au sens de l'article 11, même quand le contenu est éducatif. Avant toute dépense de ce type, demandez un avis écrit à votre conseil régional de l'ONMD.
Un dentiste peut-il faire la promotion d'une marque de dentifrice ?
Non. L'article 19 du code interdit toute réclame « intéressant un tiers ou une firme quelconque », rémunérée ou non. Vous pouvez en revanche recommander un type de produit dans un contenu éducatif, par exemple un dentifrice fluoré, sans citer ni montrer de marque.
Peut-on répondre à une question médicale en commentaire ?
Oui pour une information générale, valable pour tout le monde. Non pour un avis sur un cas précis : un diagnostic suppose un examen. Ne confirmez jamais en public qu'une personne est patiente du cabinet (article 4) et invitez-la à appeler ou à écrire en privé.